2016 : «Vers l’Europe»

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Daniel de Roulet

Je suis un populiste

Je me méfie de ceux qui veulent donner à l’Europe une feuille de route qui débute par le renforcement de la police (Europol, Eurojust). Commencer l’Europe par une monnaie était une erreur, la commencer par la police est un appel à la guerre. Feuille de route, feuille de déroute. L’Europe est d’abord un espace culturel, c’est pourquoi j’ai confiance dans l’Europe. Pas celle de la commission de Bruxelles, mais celle de la multitude et du mélange des peuples. Je conspue la feuille de route qui veut des camps aux frontières de l’Europe, loin des yeux, loin du cœur, loin des peuples.

Suis-je un populiste ?

Je me méfie de l’État-Nation qui en Europe entre 1914 et 1945 nous a valu 72 millions de morts, comme le dit George Steiner. Mais je me méfie encore davantage d’un État-Europe qui provoque des guerres et des massacres à ses frontières, en Bosnie, en Libye, en Syrie. J’ai la méfiance populiste, mais j’ai confiance dans les No Borders, les autonomes et même les anarchistes qui sont sur le terrain et prêtent main forte contre l’encampement du monde.

Je me moque gentiment de celles et de ceux qui se disent progressistes et emploient au noir une femme de ménage africaine. Mais je les respecte s’ils sont allés à Calais, à Lampedusa, à Lesbos pour accueillir les migrants.

Je désapprouve l’introduction forcée de l’anglais dans les écoles du canton de Thurgovie comme dans les lycées de France et de Navarre. J’approuve les échanges linguistiques avec les Arabes, les Chinois, les Suisses allemands et autres peuples. Suis-je un populiste ?

Je rigole des planqués de Davos qui cherchent à faire payer à 99% de la population mondiale la rente des nantis à vie. J’ai le rire facile, le rire du populiste.

Je déteste les campagnes électorales qui puent la haine et le fric. La démocratie ce n’est pas le vote et le revote, mais des palabres, des échanges et, pourquoi pas, un consensus pacifique et populaire. Je désapprouve la haine des affiches nationalistes et le fric des groupes de presse qui se paient l’opinion. Je préfère les flyers, les fanzines et les romans populaires.

Quand vient le premier août, je chante les paroles de notre hymne national : « Respectons nos diversités, à chacun sa liberté. »

Je suis un populiste.



Daniel de Roulet, * Genève, 1944 est l’auteur de La Simulation humaine, une suite de dix romans qui se termine par Le démantèlement du cœur. Il publie aussi des chroniques, la dernière en date : Tous les lointains sont bleus, Phébus, 2015.

www.daniel-deroulet.ch/



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