Hurra, verloren! 499 Jahre Marignano

Eine Aktion von «Kunst+Politik»

Texte


18 Schweizer Autorinnen und Autoren unterschiedlicher Generationen, Geschlechter und Sprachen haben dieses Jahr zum Thema «499 Jahre Marignano» Texte geschrieben.
 

Index Autorinnen/Autoren    

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Donat Blum

Gerade noch rechtzeitig

Zum Glück schreibe ich sie 2014 – diese Zeichen. Gerade noch rechtzeitig, bevor mein Schweizer Geist 2015 in Marignano verteidigt werden wird. In anderen Bereichen hatte ich weniger Glück. Die Geistige Landesverteidigung hat sehr gut gewirkt. Dass wir die beste Schoggi haben, den besten Käse, die praktischsten Messer und exaktesten Uhren – das wurde mir durchaus eingeschärft von unserem kollektiven Bewusstsein. Da half auch kein halbherziges Globi- und Papa-Moll-Verbot meiner Eltern. Immerhin konnte ich meine Brille nachschärfen und ich musste einsehen: Mal abgesehen von den Schweizer Uhren werden wir von Belgien, Frankreich, bei den Messern sogar nahezu von der ganzen Welt übertrumpft. Aber was schreibe ich da? Mit ÜBERTRUMPFT bewege ich mich noch im Jass- und knapp nicht im Kriegsjargon. Aber das WIR, dieses schauerliche Wort – das kam gerade eben sehr nahe bei VOLK zu liegen. Nach jeder Abstimmung sprechen wir davon: Das Volk hat entschieden, das Volk will dies und nicht jenes. Als ob es nur eines gäbe. Als ob es nicht nur ein verschwindend kleiner Teil aller in der Schweiz wohnhaften Leute wäre, die sich in den Abstimmungen überhaupt geäussert haben; sich überhaupt äussern dürfen. Und in einem Jahr soll mir nun noch die Dimension eröffnet werden, von der ich in meinen 28 Jahren bisher ziemlich verschont geblieben bin: Das Volk ist nicht nur heute, nein wir waren auch schon vor 500 Jahren. Und die Crux: auch dann schon neutral. Nein, ich korrigiere: Gerade deswegen neutral – so wird behauptet. Weil sich Tausende von Leuten abgeschlachtet haben, so viele, dass man irgendwann aufgab – zumindest die, die das dann noch konnten. «Oh, Switzerland is a nice country. It’s very peaceful – it’s neutral, right?» Wie oft habe ich diese Frage im Ausland gehört. Am allermeisten in China, wo ich während einem Jahr lebte, wohin ich immer wieder gereist bin. Wir sind neutral. Es schaudert mich. Hat das nicht noch nie etwas anderes geheissen, als wir schauen nur für uns? Und gemeint ist nicht das wir, das es in der längst globalisierten Welt noch zu schützen gälte – nein, mit wir ist nicht die Menschheit gemeint, sondern die, die eh schon alles haben. Wir, wir privilegierten Schweizer, die Schlachten von vor 500 Jahren herbeiziehen, um Nationalismus zu feiern, statt unseren Geist zu öffnen. «Wer die Militäranlagen in der Normandie gesehen hätte, der hätte anders abgestimmt beim Gripen», sagte mir kürzlich ein Bauer in einem Gespräch für eine Reportage zum Stadt-Land-Graben. «Dort fuhren selbst Trams in den kilometerlangen Tunnels unter der Erde.» Seine Augen funkelten von der martialischen Kraft, die sich ihm offenbart hatte. Sinn und Unsinn spielen keine Rolle mehr. «Kraft, Stärke ist geil», schreibe ich diesen Text zu Ende, während ich mich freue, wie im Hintergrund die Schweiz gegen Honduras den Einzug ins Achtelfinal erkämpft.



Donat Blum, 1986 in Schaffhausen geboren, schreibt und lebt in Biel. Seit 2011 ist er Student am Schweizerischen Literaturinstitut. Er schreibt Prosa und hat kürzere Texte in Zeitschriften und Magazinen veröffentlicht u.a. Fabrikzeitung und Quottom. Er ist Kolumnist beim Bieler Tagblatt.





David Collin

Fêter Marignan, défaire la pensée

La Retraite de Marignan (1897-1900), est une fresque que Ferdinand Hodler réalisa pour répondre au concours de décoration du Musée national suisse à Zürich. Le peintre n’atténue en rien la brutalité du combat, le choc de la défaite. Membres sectionnés, uniformes déchirés, visages meurtris, porte-drapeau cloué au sol, transpercé par son étendard en lambeaux. Le mythe du mercenaire suisse invincible en prenait un coup, tandis qu’en France 1515 n’a cessé de résonner comme une victoire écrasante que tous les écoliers connaissent.

Porte-drapeau blessé. Étude pour la lunette gauche de « La Retraite de Marignan », 1896 — Mine de plomb, plume et encre de Chine, crayon de couleur et gouache sur papier mis au carreau - 243 x 318 mm
Musée d’art et d’histoire © MAH, Genève, photo : André Longchamp
 

L’année 1515 marquerait aussi pour les Suisses le début d’une détermination, la naissance de la « neutralité » helvétique. Du moins c’est le mythe que certains aimeraient consolider.

D’ailleurs, pourquoi célébrer la défaite, sinon pour glorifier une neutralité qui a du plomb dans l’aile, et qui au temps d’une mondialisation permanente des conflits, auxquels nous ne pouvons pas rester insensibles, ne devrait plus être un simple mot vidé de tout contenu, et derrière lequel on se barricade aisément en jouant sur l’ignorance des uns, sur la crédulité craintive des autres. En Suisse, les promoteurs de la commémoration de la bataille de Marignan, et par conséquent de la déroute qui s’ensuivit, ressemblent étonnamment aux trois petits singes du mythe. Ils adoptent les mêmes gestes, les mêmes particularités : ils se bouchent les oreilles, deviennent insensibles aux sons extérieurs, aux voix des réfugiés, manipulent les images du passé et le langage avec une propagande d’un autre temps, manière de museler la parole, de faire taire l’intelligence, et refusent de regarder en face, ferment les yeux devant la réalité brutale de notre temps : celle des exilés qui fuient la guerre avec leur famille décimée, le traumatisme au corps, l’âme blessée, mais qui parviennent parfois, malgré tout, à trouver une faille pour entrer en Suisse. Que savons-nous de ces gens-là, qui pourraient être nous, de leur souffrance ? Pourquoi leur opposer une bataille d’un autre temps, tel un bouclier épineux, pour justifier leur renvoi ? Pourquoi brandir le spectre d’un bouleversement sans justification, censé balayer la Suisse d’aujourd’hui ? Où sont les vraies victimes ?

Marignan est un symbole. La défaite revient sans cesse hanter les esprits, la peur de l’échec aussi, la peur tout court. Mais ce n’est pas en célébrant cette bataille, ni aucune bataille d’ailleurs, et par une incroyable pirouette la défaite prétendument fondatrice de la neutralité suisse, salvatrice d’une pseudo-intégrité, qu’on évitera le véritable désastre : la « défaite de la pensée », pour reprendre le mot du philosophe, qui ne cesse de menacer les individus et le sentiment d’humanité, qu’on piétine sévèrement dans les périodes de repli sur soi. De grands aveuglements collectifs ont été orchestrés par des manipulateurs qui jouent avec le passé au lieu de prendre, face à la destruction généralisée, leurs responsabilités. Célébrer Marignan est une nouvelle défaite, revient à bâtir les bases d’un ressentiment dangereux, qui, nous le savons bien, ouvre les portes à de nouvelles barbaries ; celles qui viennent de l’intérieur, contre l’ennemi de l’intérieur qui aurait rendu la défaite possible, contre l’ennemi futur qui pourrait surgir du dehors. Et cela, en fermant tout possibilité d’accueil.

Barbarie, le mot vous semble fort, mais peut-être qu’il ne l’est pas assez à force d’être entendu, déformé, et lui aussi vidé de sa substance. Mais on voit bien le mouvement qui dans l’Europe entière, élargissant les territoires de l’extrême droite à une population de plus en plus large, combat la présence de l’étranger, resserre l’étau sur ce même territoire, claquemuré sur lui-même, imposant à tous son nationalisme mortifère, fustigeant les sans-terres, les migrants et les gens du voyage. Sans comparaison, sinon dans l’utilisation politique d’une défaite, on sait de quelle manière Hitler lui-même, ancien combattant traumatisé de la Grande Guerre, utilisa l’humiliation subie par les Allemands après la signature du Traité de Versailles, suite au conflit de 14-18, pour édifier de nouveaux remparts de haine, et préparer une revanche dévastatrice.

Célébrer Marignan en Suisse, en faire un spectacle, ce n’est pas seulement célébrer une neutralité négative, c’est construire sur des marais, creuser des tranchées là où l’on devrait dresser des ponts, proposer non seulement un repli (la retraite), mais préparer les esprits à la violence d’un refus permanent, édifier des barrières culturelles aussi hautes que les murs de honte qui séparent les peuples à travers le monde, et dont la construction, en Suisse, a subit une nouvelle et sombre poussée, le 9 février 2014.

David Collin, juin 2014



David Collin est écrivain, éditeur et producteur radio. Auteur de deux romans (Train fantômes, Seuil, 2007 et Les Cercles mémoriaux, L'Escampette, 2012), il a publié plusieurs livres en collaboration avec des artistes, de nombreux articles publiés en revue en France et en Suisse, et dans des ouvrages collectifs. Il en a co-dirigé plusieurs, dont Les Mots du génocide (Metispresses, 2011), et 1913 (Revue Hippocampe).
Bibliographie : fr.wikipedia.org/wiki/David_Collin.

www.davidcollin.net





Daniel de Roulet

Übersetzung: Maria Hoffmann-Dartevelle

An Herrn Ueli Maurer

Sehr geehrter Herr Bundesrat,

499 Jahre, das reicht. Sie werden doch wohl nicht ein ganzes Wahljahr lang die alte Marignano-Leier wiederholen, unter dem Vorwand, wir Urschweizer seien jetzt seit fünf Jahrhunderten neutral, frei und meistbietend verkauft.

Die Schweizer Neutralität wurde nicht 1515 erfunden. Sie wissen genau, wie die Sache damals gelaufen ist: Nicht die Eidgenossen waren es, die, wie Sie sagen, in Marignano gekämpft haben, denn die Berner, Solothurner, Freiburger und Walliser waren schon nach Hause gegangen, von den Franzosen dafür bezahlt, dass sie nicht gegen sie kämpften. Außerdem sollten wir nicht vergessen, dass die, die geblieben sind, gar nicht richtig ausgerüstet waren, da das plötzliche Auftauchen der leichten Reiterei die Kriegskunst verändert hatte. Aus Kroatien, Albanien und Bosnien stammende Stratioten – Mittelstürmer und Rechtsaußen in einem, aber zu Pferde –, lösten in der Mailänder Ebene das Massaker an unseren Landsleute aus. Haben Sie nicht Angst, Ihre Wähler könnten sich darüber wundern, dass Sie diese kriminellen ausländischen Angreifer feiern, die unsere Infanteristenkultur nicht respektierten?

Die Sache ist schon einmal gehörig schief gelaufen, und zwar vor hundert Jahren, am 400. Jahrestag der abgedroschenen Schlacht von Marignano, als der Maler Ferdinand Hodler den Auftrag bekommen hatte, ein Fresko für das Schweizerische Landesmuseum zu malen. Er hatte an das Massaker erinnert, hatte das vergossene Blut und den Rückzug dargestellt. Damals hatte sich alles, was unser Land an Obersten, nationalistischen Bankiers und Kitschkünstlern hatte, gegen die Ausführung dieses großen Werks gewehrt. Dabei ist Holder, wie Sie wissen, im Ersten Weltkrieg nicht neutral geblieben, hat es gewagt, sich gegen die Bombardierungen einzusetzen, was ihn teuer zu stehen kam. Wenn er wüsste, dass Ihr Herr Blocher heute seine Werke sammelt, würde er sich im Grab umdrehen.

Und hundert Jahre später wollen Sie das alles noch einmal aufrollen. Eine Gedenkfeier mit martialisch anmutenden Zügen. Unter der Fuchtel eines Obersten, des ehemaligen Chefs der Banco di Roma und der UBS, kündigt uns die Stiftung Pro Marignano ihr Programm an: eine gemeinsam mit dem Vatikan herausgegebene Sonderbriefmarke, ein Wettschießen im Tessin, zwei Gottesdienste (einen für die bosnischen Reiter?), einen dreisprachigen Cartoon, die Restaurierung eines Beinhauses, einen Pavillon im Landesmuseum (ohne Hodlers Fresken?). Bei der Mailänder Weltausstellung im nächsten Jahr plant außerdem die unsägliche Präsenz Schweiz, in allen Einzelheiten – wahrscheinlich zwischen Toblerone, Stewi-Wäscheständern und Schweizer Messern – die Vorteile unserer angeblichen Neutralität in der heutigen Welt darzustellen: Europahass, Bankensicherheit und Schutz der Urschweizer seit fünf Jahrhunderten. Wieder die alte Marignano-Leier.

Unter diesen Umständen, sehr geehrter Herr Bundesrat, dürfen Sie sich nicht wundern, wenn ein paar von uns Bewohnern dieses schönen Landes lieber Hopp Schwiiz rufen, als ein ganzes Jahr lang Ihre olle Leier zu wiederholen.

Hochachtungsvoll.



Daniel de Roulet, geboren in Genf 1944, ist der Verfasser von La Simulation humaine, einer Folge von zehn Romanen, dessen letzter 2014 erschienen ist: Le démantèlement du cœur. Er schreibt regelmässig Kolumnen und Essais, zuletzt Ecrire la mondialité.

www.daniel-deroulet.ch





Laurence Deonna

Cessez de remonter le temps, comme les saumons remontent les rivières !

Je rêve. Alors, comme ça, de nos jours, à l’ère des drones, à l’ère de WikiLeaks et de ces gadgets espions qui sauront bientôt tout sur nous tous ; en ce 21ème siècle qui nous envoie en pleine gueule un « Big Bang » qui nous laisse les mains liées, affolés, inquiets, sans savoir ce qu’il adviendra de notre futur, il y a des Suisses qui sont en train de récolter des sous – et qui en reçoivent beaucoup – dans le but de « fêter dignement », l’année prochaine en 2015, le cinquième centenaire de la folle bravoure dont firent preuve les mercenaires suisses en 1515. Lors de cette fameuse bataille de Marignan dont tous les écoliers ont ânonné le nom – et dont ils ne se souviennent d’ailleurs que parce ces « 1 » et ces « 5 », c’est joli à voir, et c’est facile à mémoriser.

Au lieu de leur ressasser, à ces mômes, la sempiternelle rengaine bataille-de-Marignan-1515, faites leur découvrir, et à nous également d’ailleurs, une autre Suisse que celle de ces mercenaires moyenâgeux de 1515. Que la jeunesse s’imprègne des récits, parfois insoutenables, de notre histoire contemporaine, afin que leur conscience les pousse à célébrer les pacifiques, plutôt que les va-t-en-guerre.

Remonter l’histoire du sang, toujours l’histoire du sang, à croire que ces esprits obtus, ces esprits figés ne sont pas capables de se choisir une autre devise … De plus, ils enfouissent scandaleusement la mémoire des femmes, qui, elles aussi, ont fait ce pays. Voyons Messieurs, enfourchez vos lunettes : des femmes, n’en voyez-vous pas autour de vous ? Elles brillent même au Conseil fédéral. Redescendez dans votre siècle. Cessez de remonter le temps, comme les saumons remontent la rivière !



Laurence Deonna, reporter-écrivaine-photographe, Genève, 2014.





Heike Fiedler

.o..ai..a..e. (*)

J’avoue, je ne la connaissais pas, cette bataille, alors que beaucoup la connaissent. Peut-être suis-je la seule à ne pas la connaître, peut-être que d’autres ne la connaîtront pas non plus demain. Pouvoir dire la connaître ou pas implique en tout cas être vivant.e. Ou l’avoir été.

On dirait que ce n’est pas très important de savoir si ceux et celles qui ne sont plus vivants la connaissaient et cela ne l’est probablement pas. (ne pas barrer) De toute manière, on ne peut pas le savoir (quoi), puisqu’ils ou elles sont mort.e.s. À moins que quelqu’un.e n’ait transformé sa connaissance en publication historique, ou politique, ou stratégique, ou en oeuvre artistique, en critique, en études sociologique et cetera avant de mourir. Il va de soi que les guerriers de jadis et leurs familles et leurs ami.e.s et les ami.e.s de leurs ami.e.s et ainsi de suite la connaissaient également. (ôter barré)

Je me demande, si c’est une lacune importante de ne pas savoir ce que c’est, cette bataille, et je ne pense pas que c’en soit une. Quoique, depuis que je sais qu’elle a existé, elle ne me sort plus de la tête.

C’est peut-être parce que je pense à cause aux des morts qui la connaissaient de près (en gras). Au fond, leur mort me laisse plutôt (barrer plutôt) indifférente. Après tout, ils sont tombés (à la guerre) morts parce qu’ils y étaient et ils auraient pu ne pas y aller. (N’y va pas…)

Je ne ressens évidemment pas ce genre d’indifférence vis-à-vis de ceux et celles qui meurent dans les batailles sans (même) y être allé.e.s, sans avoir jamais pensé songé pouvoir y mourir un jour.

Malbrough s’en va en guerre. On connaît la chanson.(**) Il semblerait que certain.e.s font la guerre parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement. Parfois, on y envoie même des enfants. L’autre jour, j’utilisais (ôté) et dans un contexte complètement différent le mot boycotter. Un jeune m’a demandé ce que ce mot voulait dire et moi, je me disais voilà, il y a la mémoire des choses que l’on transmet, tandis que d’autres on les laisse tomber dans l’oubli, il se peut que j’exagère.

De toute manière (attention au nombre de mots) au nom de quoi me permettrais-je de juger ce qui est bon d’être rappelé et ce qui ne l’est pas ? Il me semble toutefois plus important de fêter ce qui maintient la vie une fois qu’on est sur terre (ne pas barrer), au lieu de célébrer les batailles, même s’il y a défaite.

On dit que depuis, il y a la neutralité, d’autres objectent qu’elle est venue seulement plus tard et maintenant, ceux qui défendent qu’elle est arrivée à cause de la bataille veulent dépenser beaucoup de sous pour sa célébration. Ils veulent aussi organiser des tirs. D’accord, ils ne tirent pas sur des êtres vivants. Or, les armes, il faut bien les fabriquer pour les faire exister et l’on en fabrique beaucoup par ici de toutes sortes. Parfois, on les re-trouve dans d’autres pays, l’autre jour en Syrie. De manière générale, l’exportation se porte plutôt bien. Cela n’a rien à faire, j’en conviens, avec une bataille qui s’est passée à une époque où l’on utilisait encore des lances.

Il ne faut pas (se) mélanger les pinceaux non plus pourquoi ça m’arrive parfois(.)

Heike Fiedler – juin 2014


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(*) C.nn..ss.nc.s

(**) Mes filles ont appris cette chanson à la crèche, Le déserteur à la maison. (laisser ou barrer ?)



Heike Fiedler, Autorin, Poetin, intermediale Performerin. Seit 2000 intensive Teilnahme an internationalen Literatur- und Poesiefestivals, Lesungen, Musikfestivals. Führt Ateliers im Bereich «creative writing» und «performance writing». Konzeption und Realisierung pluridisziplinärer Projekte (La Bâtie-Festival de Genève, festival Poésie en arrosoir). Zahlreiche Publikationen in Zeitschriften, Anthologien, CD’s. Mehrere Schreibresidenzen (Fondation Ledig-Rowohlt, L’Arc Romainmôtier). Für ihre TexTRaumprojekte erhielt sie mehrere Stipendien von Stadt und Kanton Genf, Unterstützungen von Pro Helvetia. Bücher: «langues de meehr», «sie will mehr» (edition spoken script).

www.realtimepoem.com





Isabelle Flükiger

Übersetzung: Maria Hoffmann-Dartevelle

Marignano, usw.

Es war einmal eine Schar tapferer Krieger, die wurden die Schweizer genannt. Sie hatten dicke Bergsteigerwaden, und hin und wieder schleuderten sie Baumstämme auf ihre Feinde (Morgarten, 1315). Sie waren so stark und so wild, dass alle Fürsten Europas und sogar der Papst irrsinnige Summen bezahlten, um diese Männer in ihrer Armee zu haben. Von ihrer Kraft profitierend, hatten die Krieger jenseits des Gotthardmassivs mit Eroberungen begonnen; das Tessin gehörte ihnen schon. Langsam breiteten sie sich nach Süden aus, und wo immer sie anrückten, lösten sich die gegnerischen Truppen auf wie alte Kaugummis. Einmal aber waren sie nicht einer Meinung. Die einen wollten mit dem Feind, der ihnen zahlenmäßig überlegen war, verhandeln, die anderen wollten kämpfen. «Wir lassen uns doch nicht einfach so ausbluten», sagten die einen sinngemäß und zogen ab. Die anderen blieben. Sie waren zu wenige; es kam zum Massaker (Marignano, 1515). Das gab ihnen zu denken. «Also genügt es nicht, tapfer zu sein», sagten sie sich. «Um den Feind zu bezwingen, müsste man immer einer Meinung sein.» Dem Tod ins Auge zu sehen, das ging ja noch an, aber immer derselben Meinung zu sein, wenn man nicht aus demselben Kanton kam, das überstieg ihre Kräfte. «Dann lieber neutral werden», sagten sie sich resigniert. Und zogen nie mehr von sich aus in den Kampf.

Den Nationen Europas gefiel diese Idee so gut, dass sie beschlossen, die Schweizer Neutralität sei «im Interesse ganz Europas» (Wiener Kongress, 1815). Das hinderte sie allerdings nicht daran, sich ständig in die Angelegenheiten der ehemaligen Krieger einzumischen, ihnen zu sagen, wen sie bei sich aufnehmen und wen sie verjagen sollten. «Also genügt es nicht, neutral zu sein», stellten diese ärgerlich fest. «Um in Ruhe gelassen zu werden, muss man sich Respekt verschaffen.» Zornig wie einst, schwangen sie tapfer den Sprengstoff der Christen, ihre einzig verfügbare Waffe: die Güte. «Unsere Aufgabe ist es, die Geächteten zu verteidigen!», riefen sie laut. Und die Nationen Europas wandten sich überrascht der Stimme zu, die da ertönte. Sie klang so richtig, dass man ihr einfach zuhören musste, der klaren Stimme jener Krieger, die den Schwachen verteidigten (IKRK, Asylrecht, die Schweiz der Guten Dienste, Friedenserhalt , usw. usf.). So verschafften sich die Eidgenossen Respekt und einen Platz in dem, was man das Konzert der Nationen nennt, weil sie das entwaffnende Lied des Guten erklingen ließen.

Deshalb sind die Schweizer, wenn sie die Geburt ihres schönen Vaterlandes zu feiern haben, so gerührt und dankbar für die große Niederlage bei Marignano. Dem Fest aber würde etwas fehlen, wenn sie vergäßen, dass nur die lauthals verkündete Aufgabe, die Schwachen und Geächteten zu verteidigen, ihnen zu Zeiten, da sie stumm waren, eine Stimme gab.



Isabelle Flükiger (1979) hat vier Romane geschrieben, deren jüngster, Best-seller, 2011 erschienen ist. Sie hat zahlreiche Preise und Arbeitsstipendien erhalten und schreibt derzeit an ihrem fünften Buch. Sie lebt und arbeitet in Bern.





Hans Peter Gansner

D’Schüssbude zu Melegnano (2015)

Chömed cho schüsse, ier Schwiizer Manne,
in helle Schaare und im Kampfesruusch!
Packen d’Flinte mit de schwielige Händ!
Uf de Schiibe gsehn dr euri eigne Landslüt,

Die müend ier treffe, und zwor z’mittst ins Herz!
Denn gits nomol direkt uf d’Kralle n’en Extra-Sold
in klingender Münze us Gold und Silber, und e Kranz,
und geili Fraue, für die wo unbewiibt sin cho!

Drum: Frisch gewagt! Achtung, Fertig, Schuss!
Noch em Wettschüsse wird gratis Vino, Grappa und
Gelati für d’Familia usgeh! Und für eure Heim-Transport
Zum Abschluss sin schu Bahre und Krücke parat –

im Fall dass für de n’eint oder de n’ander Gigant
dä Spezialtransport überhaupt no nötig sött si…
Well, wie’s im Marignanolied heisst: „Pfeifen
sind das Leben / Und die Trommeln sind der Tod“.



Hans Peter Gansner, geboren 1953 in Chur, studierte Germanistik, Romanistik, Kunstwissenschaft und Philosophie in Basel, Theater- und Filmwissenschaft in Aix-en-Provence. Er war bis 1984 als Theaterkritiker und Gymnasiallehrer in Basel und Liestal tätig und arbeitet seit 1985 als freier Schriftsteller, Publizist und Übersetzer.





Charles Heimberg

Übersetzung: Maria Hoffmann-Dartevelle

1515, Marignano, na und?

1515, 13. und 14. September, so lautet das Datum einer ohne Frage denkwürdigen Schlacht, der Schlacht von Marignano. Sie ereignete sich in der Lombardei, an einem Ort, der heute Melegnano heißt und in der Nähe der Großstadt Mailand liegt.

1515, so lautet auch der Titel des verlockend klingenden, aber enttäuschenden Werks eines kompetenten und innovativen Historikers namens Alain Corbin. Eigentlich handelt es sich dabei um ein Gemeinschaftswerk, das unter seiner Leitung entstand und dessen vollständiger Titel etwas länger ist: 1515 et les grandes dates de l'histoire de France. Revisitées par les grands historiens d'aujourd’hui (1515 und die großen Momente der französischen Geschichte. Von den großen Historikern der heutigen Zeit neu beleuchtet). Ein vielversprechender Gedanke: sämtliche historischen Ereignisse, die in der dritten Ausgabe eines Schulbuchs aus dem Jahr 1938 – L’histoire de France à l’école (Französische Geschichte in der Schule) von Toutain und Blanchet – behandelt werden, neu zu beleuchten. Und heutige Historiker zu bitten, sie unter Berücksichtigung des aktuellen Stands der Forschung hinsichtlich eines möglichen Bedeutungswandels zu kommentieren. Doch leider erscheint der Text des Geschichtsbuchs von 1938 gar nicht in diesem Werk, nur die Fakten, auf denen es aufbaut; und überdies verdirbt einem zu guter Letzt ein nostalgisches, konventionelles Schlusswort zur zwingenden Notwendigkeit von Chronologie beim Erlernen von Geschichte die Lektüre.

1515 als historisches Datum – und das gilt gewissermaßen für alle historischen Daten – steht also zweifellos auch für eine bestimmte Auffassung eines auf besonders hervorgehobenen Ereignissen und auf Chronologie aufbauenden Geschichtsunterrichts. Eine solche Auffassung kann geradezu absurd sein, nämlich wenn damit das Auswendiglernen von Daten im Dienst einer erbärmlichen Schlachtengeschichte gemeint ist; sie kann aber auch vernünftig sein, wenn das Ziel ist, den Schülern mehr oder weniger zahlreiche und gut geordnete Bezugspunkte zu vermitteln und sie unter Umständen auf der Grundlage geschichtlicher Fragestellungen zu kritischem Denken anzuleiten.

1515 ist in erster Linie ein typisches Beispiel für das, was der Historiker Jocelyn Létourneau aus Québec als «mythistoire», als Geschichtsmythos oder -legende bezeichnet, das heißt, als ein historisches Ereignis, das um eine mythische Dimension in Form einer Bedeutungserweiterung oder mitunter sogar einer regelrechten Umdeutung ergänzt wurde. Geschichte lernen heißt dann nicht nur, eine Rekonstruktion vergangener Gegenwarten, also der mehrheitlichen Erfahrung von Akteuren der Vergangenheit vorzunehmen, indem man sich in ihre jeweilige Gegenwart und ihre Ungewissheiten hinein versetzt, sondern auch, die gegebenenfalls existierende mythische Dimension zu demontieren, um am Ende das zurückzubehalten, was einem erlaubt, die Vergangenheit zu verstehen und ihr auf der Basis wissenschaftlicher Kriterien eine bestimmte Bedeutung zu geben. Und eventuell, warum nicht, auch die Funktionen und die Verwendung jener mythischen Dimension zu untersuchen.

1515, Schlacht von Marignano: Zunächst erweist sich das Ereignis als ein Geschichtsmythos aus der Perspektive der französischen Geschichte. Zunächst einmal als ein vernichtender, nicht ohne die Hilfe rasch in Vergessenheit geratener venezianischer Truppen zustande gekommener Sieg; außerdem als der Beginn französischer Präsenz in Norditalien und schließlich als Bestätigung eines frisch eingesetzten Monarchen, Franz I., der sogar von Pierre Terrail de Bayard zum Ritter geschlagen wurde. Hier wie auch bei anderen in dem von Alain Corbin herausgegebenen Buch erwähnten Ereignissen liegt die mythische Dimension jedoch auch darin, dass in der gleichen Absicht ebenso andere Schlachten oder Ereignisse hätten ausgewählt werden können, aber in den Darstellungen gerade dieses eine Ereignis einen besonders wichtigen Platz einnimmt.

1515 besitzt in gewisser Hinsicht auch aus der Perspektive der Schweizer Geschichte eine mythische Dimension. Zwar bedeutet hier 1515 unbestreitbar eine Niederlage, ein Zusammenbruch mit Tausenden von Toten. Aber Mythenschöpfer haben schon ganz andere Dinge erlebt. «Nach Marignano», schrieb in den Dreißigerjahren der reaktionäre Gonzague de Reynold, «ist die Schweiz für die europäische Geschichte nicht mehr interessant. Sie beginnt sich abzuschotten.» So kann also, indem man besagte Niederlage als Grund dafür betrachtet, dass die Schweiz zu ihrer vermeintlich defensiven und abgeschotteten Identität und vor allem zu ihrer Neutralität fand, eine wunderbare Umdeutung stattfinden und eine Geschichtslegende mit Ausgangspunkt Marignano entstehen.

1515 ist in der heutigen Schweiz aber noch aus einem anderen Grund mythisch überhöht. Denn wer waren diese «Schweizer», um die es 1515 ging, die niedergemetzelt wurden und die berühmte Schlacht verloren? Die teleologische Verwechselung eines älteren Bündnisses zwischen ein paar Alpenregionen, jener dem Aristokraten Gonzague de Reynold so wichtigen «alten Schweiz» mit einem modernen Staat, der erst 1848, also viel später als die fraglichen Ereignisse gegründet wurde, ist wahrhaft problematisch. Vergangenheit wird nie und nimmer verständlich, wenn man sie nur unter dem Gesichtspunkt späterer Entwicklungen betrachtet. Ein wichtiger Teil der Erzählung von der Schweizer Nationalgeschichte zwischen dem 13. und dem 19. Jahrhundert besteht also aus verschiedenen lokalen Erzählungen, die nichts mit dem modernen Bundesstaat zu tun haben und einen Großteil seiner Territorien gar nicht betreffen. Diese Erzählung bzw. Geschichtswiedergabe wurde erst im Nachhinein gesponnen, um in einer Zeit, da man sehr um die Erfindung einer Tradition bemüht war, die Existenz eines unerwarteten Landes zu rechtfertigen, das mitten im 19. Jahrhundert nach einem kurzen Bürgerkrieg, dem Sonderbundkrieg, entstanden war. Die Schlacht von Marignano betrifft somit im Grunde nur Truppen der Alten Eidgenossenschaft, nur Soldaten, die kapituliert hatten, und Söldner, die einzig und allein der Verlockung des Geldes gefolgt waren. Sie sind zu Tausenden gestorben, weil sie eine üble Sache stur weiter verfolgt hatten. Und die einzige Lehre, die sich aus dieser Geschichte ziehen lässt, ist die der Absurdität von Krieg und kollektivem Sterben in einem Kampf von ausschließlich finanziellem Wert.

1515, die Schlacht von Marignano – verdient sie unter diesen Umständen wirklich eine Gedenkfeier? Vielleicht ja, wenn es denn darum ginge, den Gedanken von Schlacht und kriegerischem Gemetzel in Frage zu stellen, um mit der Vorstellung des besagten Gonzague de Reynold aufzuräumen, der schreibt, dass «die Schweiz auf einem militärischen Gedanken begründet ist». Aber den Initiatoren der für 2015 geplanten Gedenkfeier geht es um etwas ganz anderes. Die Projekte der Pro Marignano Stiftung, von rechten und linken (sic) Nationalräten unterstützt, stimmen nachdenklich. Sie werden damit gerechtfertigt, dass diese Schlacht für die Schweiz «das Ende der eidgenössischen Grossmachtpolitik und der Anfang einer Wende hin zum jahrhundertealten Stillesitzen bzw. ein Markzeichen für die zukünftige Festlegung der heutigen Neutralität der Schweizerischen Eidgenossenschaft» sei. Eine anachronistische Feststellung. Und eine angebliche Wende, die keinen wirklichen Einfluss auf die Haltung der Schweizer Obrigkeiten gegenüber dem Nationalsozialismus noch im kalten Krieg hatte. Der Gedanke der Schweizer Neutralität, dessen Bedeutung sich je nach geschichtlichen Zusammenhängen wandelt, ist gewiss ein Geschichtsmythos. Glücklicherweise hat der Bundesrat sich von den genannten Argumenten nicht wirklich überzeugen lassen, sondern kundgetan, er fördere «die Idee, aus der eigenen Geschichte Einsichten zu gewinnen, die wesentlich zur Friedensförderung sowie zur Stärkung der Menschenrechte beitragen. [Was bedeutet], dass Veranstaltungen zur Erinnerung an Marignano hauptsächlich ohne Bundesmittel finanziert werden müssen.» Man wagt zu hoffen, dass diese Entscheidung nicht nur aus haushaltpolitischen Gründen getroffen wurde.


Quellenangaben

Alain Corbin (Hrsg.), 1515 et les grandes dates de l'histoire de France. Revisitées par les grands historiens d'aujourd’hui, Paris, Seuil, 2005.

Jocelyn Létourneau, Je me souviens? Le passé du Québec dans la conscience de sa jeunesse, Montréal, Fides, 2014.

Gonzague de Reynold, La démocratie et la Suisse. Essai d’une philosophie de notre histoire nationale, troisième édition revue et augmentée, Bienne, Les Éditions du Chandelier, 1934.

»500 Jahre Schlacht bei Marignano«, Interpellation 13.3550, eingereicht von Nationalrat Marco Romano am 20. Juni 2013, siehe www.parlament.ch



Charles Heimberg ist Historiker und Professor für Geschichtsdidaktik an der Universität Genf. Er war Krankenpfleger in der Psychiatrie, Lehrer und Ausbilder von Lehrern. Seine Werke befassen sich vor allem mit der Sozialgeschichte der Arbeiterkämpfe und der Geschichte der beiden Weltkriege, mit den verletzten und untergeordneten Erinnerungen, der Vermittlung eines historischen Denkens, der öffentlichen Nutzung und dem Aufbau einer Verständlichkeit der Vergangenheit.





Georg Kreis

Traduction: Ariane Gigon

Et si Marignan n’avait pas eu lieu?

Si Marignan n’avait pas existé, Christoph Blocher, qui, au moins sentimentalement, y était déjà, ne serait certes pas pauvre, mais plus pauvre qu’aujourd’hui. Et son idéologie serait encore plus misérable. Il ne pourrait pas se référer à «l’issue montrant la voie à suivre» de la bataille de la plaine du Po, la «battaglia dei giganti». Il ne pourrait plus se baser sur la soi-disant issue exemplaire du champ de bataille à l’étranger, issue qui lui permet de rendre le champ de bataille intérieur encore plus impitoyable.


Tor zum Schlachtfeld von Marignano

Le portail, vestige du champ de bataille. Porte vers le passé ou vers l’avenir?  Photographie prise par l’auteur, le 27 décembre 1996. Il est possible qu’elle n’existe plus aujourd’hui.


Mais, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, Marignan n’a pas mis un terme à la politique active, c’est-à-dire à la politique extérieure d’une Suisse présente à l’étranger, et n’a en tout cas pas marqué le début de la neutralité. Cela aurait été totalement incompatible avec la «paix perpétuelle» conclue une année après Marignan, le 29 novembre 1516, avec François Ier, le jeune monarque français vainqueur de la bataille. On peut effectivement décrire cet accord comme un «accord colonial». Il a lié la Suisse, unilatéralement, pour des siècles, à la France, mais a aussi garanti aux marchands suisses de pouvoir continuer à avoir accès au marché français. L’alliance franco-suisse de 1521 a ensuite assuré à la Suisse des rentrées financières (on parlerait aujourd’hui de «devises») et la vitale importation de sel. De cela, les idéologues de Marignan ne parlent jamais, eux qui utilisent, à des fins de propagande, la fin de la guerre en Italie du Nord pour lutter contre un partenariat souverain et pacifique avec l’Europe multilatérale.


De fait, à l’instar de la remise en question, régulière, de la présence des Américains sur la lune (n’ont-ils pas reconstitué et filmé les scènes en studio?), on pourrait se demander si Marignan a vraiment eu lieu. Et, à celles et ceux qui sont indignés par ce genre de questions, on peut répondre qu’il est, tout de même, permis de poser la question. Les 13 et 14 septembre 1515, aucun reporter de guerre et aucun journaliste «embedded» n’étaient sur place pour livrer, sans décalage chronologique, quasi en temps réel, un compte-rendu de la rencontre frontale entre 60’000 et 70'000 combattants près de Marignan, au sud-est de Milan. Près de 6000 Confédérés auraient perdu la vie sur le champ de bataille. Le nombre des survivants est toutefois encore plus grand, et certains d’entre eux ont laissé des témoignages écrits.


Se demander si la bataille de Marignan a bel et bien eu lieu, c’est comme se demander si le «Pacte fédéral» de 1291 est authentique. Pour les superpatriotes, un examen de ce type, qui va de soi pour les scientifiques, représente déjà une attaque envers la nation. En comparaison, même les plus fervents catholiques ont gardé leur calme, en 1988, lors de la datation au carbone 14 du Saint-Suaire de Turin (à ne pas confondre avec le voile de Véronique). On a donc le droit de poser la question. Dans le cas du «Pacte fédéral», il a été établi que le matériel provenait bien de l’époque en question. Le document est donc authentique. Aussi authentique que la bataille de Marignan a été réelle.


Mais le problème est ailleurs. Dans les deux cas, il réside dans l’importance que l’on accorde à l’événement. L’historien ne considère pas le déroulement des faits de manière unidimensionnelle dans leur réalité factuelle, mais il se demande quel effet cette dernière a eu, de façon réelle (par exemple avec l’alliance, étroite, franco-suisse de 1516) mais aussi sur le plan des représentations. Celles-ci ont leur propre réalité, une réalité de deuxième degré, souvent plus puissante, en terme d’effets, que la réalité elle-même.


Ce que cet événement a apporté sur le plan symbolique doit nous intéresser. A l’époque même, il eut des répercussions considérables, ne serait-ce que par les différences d’engagement entre Confédérés eux-mêmes. L’interprétation moderne est toutefois différente. Elle remonte à une analyse relativement tardive, datant de la fin du 19e siècle. Nous pouvons suivre ici l’historien suisse Andreas Suter, qui enseigne à Bielefeld et qui remarque, en forçant la conclusion de François Walter, que la bataille de «Marignan (a été) manifestement vite oubliée, et elle l’est restée longtemps. Dans les sources des 16e, 17e et 18e, on ne trouve aucun élément montrant que la bataille serait restée présente dans la mémoire historique populaire.» (p. 152). Ce n’est que dans les années 1880 que Marignan a été vue comme le lieu de naissance de la neutralité en tant que maxime auto-proclamée pour ancrer la position de la Suisse, subissant, à l’époque les tensions entre Etats voisins, dans sa propre histoire et, en même temps, pour désamorcer la menace du droit d’intervention des garants de la neutralité du Congrès de Vienne de 1815. (Suter, A. 167).


En 1974, l’historien zurichois Emil Usteri, qui était, dans ces années-là, le plus assidu à travailler sur les événements de Marignan, était arrivé à la conclusion que l’«interprétation faisant intervenir la neutralité était l’œuvre des générations ultérieures» et que 1515 n’avait rien décidé sur l’attitude à venir vis-à-vis des «affaires extérieures». Et le respecté chef des pages culturelles de la NZZ, Hanno Helbling, souligne encore, dans la présentation qu’il fait de l’ouvrage d’Emil Usteri: «Lorsqu’on y regarde de plus près, la césure ne paraît pas aussi forte – un résultat qui survient souvent lorsqu’on regarde de plus près.» (NZZ, 14/15 décembre 1974). En 1994, l’historien genevois François Walter remarque aussi, dans sa dissertation, qu’il faudrait encore étudier quand et comment 1515 a été interprété comme «césure» (p. 493). A ses yeux, il est clair que les 19e et 20e siècles ont donné à Marignan la signification souhaitée pour répondre aux besoins du moment (p. 503).


Pendant les presque dix années qu’ont duré ses recherches, Emil Usteri a étudié quantité de sources contemporaines de l’événement, dont des registres de faveurs, les chants populaires et les représentations graphiques. Ce sont ces documents qui l’ont conduit à ses conclusions. Ils sont autant d’indications que Marignan a bel et bien eu lieu, mais ils ne fournissent pas un mode d’emploi simple pour comprendre la bataille. Pourquoi cette publication est-elle survenue, précisément, en 1974? Aucun anniversaire n’était en vue. L’ouvrage de près de 600 pages était pourtant le résultat – tardif – de l’anniversaire de 1965. Werner Oswald, président du comité en mémoire de la bataille de Marignan, chimiste et fondateur d’EMS-Chemie, en a signé la préface. Agé de 24 ans, étudiant en droit, Christoph B. en était aussi. Ancien condisciple d’un fils de Werner Oswald, il connaissait le patron, qui l’a engagé, quatre ans plus tard, dans la division juridique de l’entreprise, ce qui fut le point de départ de la reprise d’EMS-Chemie après 1979. Tout cela, d’une certaine manière, grâce à Marignan.


Le comité de 1965, qui comprenait, outre Werner Oswald, d’autres poids lourds de l’économie, avait aussi fait restaurer une petite chapelle locale pour ce 450e anniversaire et fait construire un monument en pierre. Avec son slogan latin «ex clade salus», le monument revendiquait une splendeur particulière. La traduction – «après la défaite, le salut» , n’aurait pas suffi. Qu’il soit précisé ici que la Fondazione Pro Marignano créé il y a quelque cinquante ans par le comité a repris ses activités en 2012 dans la perspective du 500e anniversaire.


Une question demeure: quel intérêt les patrons de l’économie à la Oswald trouvaient-ils – et trouvent encore – dans des récits historiques enjolivant la réalité? Il s’agit d’entretenir une variante de conservatisme nationaliste qui, avec sa défense de l’armée, de l’autorité et de la neutralité, non seulement ne gâche pas les affaires économiques internationales et la main mise de l’élite économique, mais, de plus, les renforce. Avec Marignan, il est aussi possible de vanter la vertu de la discipline, grâce à laquelle les Confédérés se sont repliés non pas directement vers le réduit national, mais vers le duché de Milan qu’ils assiégeaient encore.


La belle unanimité qui régnait encore largement en 1965 entre les forces dirigeantes de l’économie, de la politique et de l’armée s’est toutefois largement effondrée les décennies suivantes. L’appel lancé en 2003 par le chef idéologue du groupe de réflexion «Avenir Suisse», alimenté par l’économie, peut être vu comme symptomatique de cette évolution. Stefan Flückiger y fustige la pensée dominante comme étant celle d’une «société à la Marignan» qui préconise le retrait helvète vers une modeste neutralité et le scepticisme vis-à-vis de l’étranger, au lieu de reconnaître que Marignan est le symbole de «l’échec fatal d’une étape de modernisation, d’un état d’esprit se surestimant de façon dramatique et d’une persistance de catégories ayant survécu mais sacrosaintes» (NZZ, 5 septembre 2003).


En 1965, Oswald, Blocher et d’autres auraient aussi pu rappeler le souvenir de Morgarten, au lieu de Marignan, survenu la même décennie, mais deux siècles plus tôt, 1315 et non 1515. Cette bataille donne aussi lieu à des réflexions historiques. Elle est même plus ancienne. Pourquoi ne l’ont-ils pas fait? Nous en sommes réduits à formuler des conjectures. Morgarten symbolise le refoulement d’un intrus, Marignan, en revanche, l’idée, en apparence, qu’il était nécessaire de se limiter soi-même. Les élites du 20e siècle ont ainsi voulu rappeler que cette limitation de la collaboration suisse dans le projet d’intégration européenne était un engagement historique. Les entrepreneurs suisses qui avaient peur pour leur indépendance économique s’inquiétaient probablement du pèlerinage du Conseil fédéral à Bruxelles en 1962, un Conseil fédéral qui avait signalisé sa disponibilité à abandonner la voie spéciale théorique inaugurée en 1515 et à préparer l’«annexion» de la Suisse par la CEE. Ces «conseillers fédéraux traîtres» n’étaient autres que Friedrich Traugott Wahlen (PAB/UDC!) et Hans Schaffner (PLR).


Nous devrions ici nous arrêter un instant sur ce que signifient les changements et les césures et comment ils sont si volontiers mal compris. Les idéologues de Marignan n’ont personnellement rien contre les changements et les césures, pour autant qu’ils n’aient lieu qu’une fois et dans la direction qui leur convient: changer en abandonnant la «politique de grande puissance» pour se détourner, éternellement, du monde, avec une politique officielle et explicite; changer, pour ne plus accepter aucun changement; changer, pour apparemment se réaliser soi-même. En 1992, avec son appel de Marignan, Christoph Blocher a gagné la bataille menée à l’époque pour l’avenir proche de la Suisse. Mais l’avenir est, fondamentalement, ouvert, il continue, toujours plus loin. L’avenir d’hier a fait place à l’avenir d’aujourd’hui et à celui de demain. Les accords bilatéraux consolidés suivront – ou alors l’adhésion à l’UE.


Si une césure a eu – ou avait eu lieu – en 1515, rien ne permet d’affirmer qu’aucune césure ne doit plus se produire aujourd’hui ni qu’aucun autre changement ne se produira plus dans une époque à venir. Concrètement: même la décision de 1992 contre l’EEE est, fondamentalement, susceptible de changer. Tout le monde sait que la composition du gouvernement fédéral est aussi modifiable. L’erreur de 2003 – l’élection de Christoph Blocher au Conseil fédéral – a été corrigée en 2007. Un lecteur de la NZZ a même écrit: «Blocher a subi son Marignan personnel» (commentaires en ligne de l’article du 12 décembre 2007 – www.nzz.ch/nachrichten/schweiz/bundesratswahlen_blocher_abgewaehlt_1.597907.html).


Avant Emil Usteri, d’autres historiens s’étaient déjà penchés sur Marignan, en particulier Emil Dürr et Ernst Gagliardi. Ce que le premier, bâlois et très à droite, avait écrit en 1933 dans son ouvrage sur la politique des Confédérés à l’époque des guerres de Milan , paraît évident, mais ses écrits peuvent aussi être lus, dans le sens déjà cité, comme une indication que les liens de la Suisse avec son environnement peuvent changer et se modifier. Il suffit de remplacer «France» par «UE»: «La rapidité avec laquelle la Confédération, après une demi-décennie de combat passionné contre la France (ou l’UE), s’était déclarée prête à conclure une paix durable abolissant le passé et assurant l’avenir est étonnante. (…) Cette paix perpétuelle (a tiré) un trait épais sur le passé politique et a créé un lien absolu pour l’avenir. (…) Les attaches de 1516 ont également représenté une garantie durable contre une grande puissance avec laquelle nous ne pouvions plus, de toute évidence, se mesurer avec nos propres moyens étatiques, et donc, aussi, un allégement à long terme. Avec ces liens, c’est aussi la fin d’une époque de l’histoire de la Confédération suisse qui a été atteinte.» (p. 672sq.)


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Bibliographie (par ordre chronologique de parution des ouvrages)


Emil Usteri, Marignano. Die Schicksalsjahre 1515/16 im Blickfeld der historischen Quellen. Zürich 1974.


Georg Kreis, Soll die Schweiz Marignano mit Geld zurückerobern? In: «Basler Zeitung» du 28 avril 1989 (à propos d’un postulat de Konrad Basler au Conseil national demandant l’acquisition du  champ de bataille menacé par l’urbanisation)


Walter Schaufelberger, Strukturelle Grenzen eidgenössischer Militärmacht zwischen Mittelalter und Neuzeit. Zürich 1993.


François Walter, Marignan 1515: traces de la mémoire d'une bataille de géants. In: Des archives à la mémoire, hg. von B. Roth-Lochner et al., 1995, S. 477-503.


Andreas Suter, Die Entdeckung von Marignano. Die Tradition der neutralen Schweiz als Erfindung des 19. Jahrhunderts. In: NZZ vom 13./14. Februar 1999. Bereits ausgeführt in Eine kleine Geschichte der Schweiz. Frankfurt a. M. 1998. S.133-188.


Hervé de Weck, Artikel Marignano im Historischen Lexikon der Schweiz, Oktober 2009.


Georg Kreis, Schweizerische Erinnerungsorte. Aus dem Speicher der Swissness. Zürich NZZ-Libro 2010. S. 71-85.





Guy Krneta

Die Gebeine von Marignano

Für manche Tiere muss die Schlacht von Marignano ein Fressen gewesen sein. Innerhalb von zwei Septembertagen verblutete hier ein Mehrfaches der Opfer von Nine-Eleven. Und lag tage-, wochen-, monate-, ja jahrzehntelang unter freiem Himmel. Von der Sonne gedünstet, vom Regen aufgeschwemmt. Je nach Wind verbreitete sich der Geruch der Verwesenden in alle Himmelsrichtungen. Und zog alles an, was sich für diese Sorte Frass interessierte. Zehntausende menschliche und tierische Körper, von Spiessen durchbohrt, die Schädel gespalten, die Schenkel weggeschossen, zerkratzt und zerbissen, aufgeknüpft an Bäumen und totgetrampelt von den eigenen Leuten. Das Körperfett der Feisteren soll den Kriegern selbst noch als Schmiermittel und Stiefelfett gedient haben. Danach kamen die Hunde und Katzen, die Füchse und Wölfe, Vögel aller Art. Sie spielten mit Händen und Füssen, zerrupften die Innereien, verteilten die Eingeweide kilometerweit in der Gegend. Es folgten Ameisen und Käfer und immer kleineres Getier, sobald das grössere abgezogen war.

Sieben Generationen später wurde zu Ehren der Gefallenen ein Beinhaus errichtet. Immer wieder mal war ein Bauer beim Pflügen auf Knochen von Mensch und Tier gestossen, für die es nun eine zentrale Sammelstelle gab. Doch weil nicht genügend sterbliche Reste zu finden waren, wurde die Bevölkerung aufgerufen mitzuwirken. Immerhin lag die Sache so weit entfernt wie uns die Napoleonischen Kriege. Was kam da nicht alles zusammen. Aus entfernten Gegenden brachten die Menschen, was sie an Gebein auftreiben konnten: Hühnerknochen, Wildschweinschädel, selbst die Überreste von Mägden und Knechten, die gut hundert Jahre nach der Schlacht geboren waren. Ein Beinhaus will gefüttert sein. Dann überliessen sie die heilige Stätte Wind und Wetter. Und dem Strassenverkehr.

Dreihundert Jahre später wurde der von einem Laster gerammte Steinhaufen zur neuen Gedenkstätte aufgeschichtet. Wurden die Knochen säuberlich entstaubt, als handelte es sich um Präparate aus einer medizinhistorischen Sammlung. Basler Rathausturm Zogen die Menschen in Scharen nach Marignano, um sich auf dem blutigen Boden der Vergangenheit Hörnli und Gehacktes servieren zu lassen. Gesichtsloser Menschen zu gedenken, wie jenes traurigen Hans Bär aus Basel. Der sechs Kinder hinterliess und ein Fahnentuch rettete. Und als Dank dafür seit über hundert Jahren am Basler Ratshaus die Züge des Architekten Eduard Vischer tragen muss. Während sich die Tiere in Stellung bringen, die Reste des Schlachtfests zu verspeisen.



Guy Krneta ist Dramatiker und Spoken-Word-Autor. Er lebt in Basel. Er ist Mitglied von «Bern ist überall» und Mitbegründer der Netzwerks «Kunst+Politik». Im September erscheint sein neues Buch «Unger üs – Familienalbum».





Jo Lang

Traduction: Ariane Gigon

Zimmerwald au lieu Marignan!

En septembre 2015, la Suisse officielle fêtera le 500e anniversaire de la bataille de Marignan. Il est temps d’opposer à la symbolique nationalo-militaire une autre option, humanitaro-civile. Le 100e anniversaire de la Conférence internationale pacifiste de Zimmerwald, qui s’est tenue en septembre 1915, s’y prête bien.

Marignan est présentée comme la fin de la politique de grande puissance de la Confédération et le début de la neutralité. La division de croyances qui a suivi peu après a toutefois contribué de façon plus décisive au refroidissement des velléités de politique étrangère que la défaite dévastatrice du 14 septembre 1515. Le lien entre la neutralité et Marignan n’a été fait que 176 ans plus tard.

Une des plus conséquences les plus importantes de Marignan a été que «l’accès au plus marché humain le plus significatif d’Europe a ainsi été ouvert aux vendeurs français.» C’est ce qu’écrit l’historien Jean Facquart dans sa biographie de François Ier, du vainqueur de la bataille. De plus, la Confédération, excepté l’occupation bernoise en terres vaudoises, n’a plus mené de guerre elle-même en dehors de ses propres frontières. Mais elle en a nourri, avec ses soldats. Selon le pasteur et statisticien zurichois Heinrich Waser, opposant farouche au service étranger exécuté en 1780 pour sa défense des «Lumières», environ 1,1 million de mercenaires suisses au total avaient servi les monarques français. Seul un tiers d’entre eux sont rentrés indemnes. Grâce au système de soldes, quelques entrepreneurs de guerre isolés ont ainsi pu devenir très riches.

C’est ainsi que nous arrivons à la Première guerre mondiale, nourrie par les armes de la Confédération. En 1917, le Conseil fédéral constate qu’«une grande partie de l’industrie suisse des machines est en fait devenue une industrie de guerre». Le socialiste Robert Grimm organise alors les réunions des pacifistes européens à Zimmerwald et, une année plus tard, à Kiental, pour protester contre le massacre qui était en train de rendre des profiteurs locaux très riches. Les conférences pour la paix comme celle qui eut lieu du 6 au 9 septembre 1915 ont le contenu universel que la neutralité peut avoir.

Selon l’interpellation déposée par un conseiller national PDC tessinois, et même signée par des socialistes, le souvenir de Marignan «est de nature à entretenir l’esprit militaire dans notre pays.» Un tir commémoratif aura lieu au Tessin, une exposition d’histoire militaire sera organisée au Musée national et d’autres événements de nature militaire seront «dûment» commémorés. Répondons au militarisme par le pacifisme, au nationalisme par l’universalisme, à Marignan par Zimmerwald!



Jo Lang (1954) a grandi dans le Freiamt argovien, a obtenu sa maturité à Zoug puis a étudié l’histoire, la philosophie et les lettres allemandes à l’Université de Zurich. Il a obtenu un doctorat en 1981 avec une dissertation sur la résistance basque contre le franquisme. Entre 1982 et 2004, il a été membre du parlement de la ville de Zoug puis du canton. Il a siégé au Conseil national de 2003 à 2011. L’historien indépendant est aussi vice-président des Verts suisses et membre du Comité du GSsA.





Pedro Lenz

Marignano-Musig uf M

Mängisch mischlet me,
mängisch meint me Morgarte,
mängisch meint me Murte,
mängisch Müuchsuppe,
Mäuchtau, Minger, Mabillard,
und mängisch meint me
ds massive Martyrium
z Marignano bi Mailand.

Me mischlet afe mou,
me mischlet chli Mythe
und me meint,
me müess meh und meh
und immer no meh
mythologisch umemurggse,
me müess d Milizarmee
und d Meinigsfreiheit
mythologsich ungermuure,

Me meint me müess die
Mythologie-Mayonnaise,
di mythologischi Marschmusig
mit der Muetermüuch mämmele,
mou moderat, mou melancholisch,
aber meischtens massiv,
immer Mäuchtau,
immer Murte,
immer Morgarte,
immer Marignano,
modäuhafti Muschter
vo marschierende Manne
us em Mittuauter
macht me zum Mantra
vor moderne Memokratie,
vor Melvetische Meutralität.



Pedro Lenz, 49, ist Schriftsteller und lebt in Olten. Lenz ist Mitglied des Autorenkollektivs «Bern ist überall». Sein Geschichtenband «Radio» erscheint im September beim «Verlag der gesunde Menschenversand» in Luzern.

www.pedrolenz.ch





Gerhard Meister

Marignano für die Mittelstufe (Eine Lektion)

Also mal zuhören liebe Kinder, Marignano liegt zwar ein Stück weit zurück und alle, die da mitmachten, liegen schon seit längerem in ihren Gräbern, aber trotzdem ist das eine Sache, an die man sich besser erinnern sollte. Wir Schweizer haben damals nämlich etwas gelernt über den Krieg und das Totschlagen, was wir bis heute nicht vergessen haben. Vor Marignano dachten wir, dieses Totschlagen sei toll und ein so richtig hübscher Heidenspass. Na ja, vielleicht ist das übertrieben, aber nach ein paar Schnäpsen und voll im Testosteron wie die damals im Mittelalter waren, hat es ihnen vielleicht doch Spass gemacht, sich zu einem eidgenössischen Schlachthaufen zusammenzurotten und ausgerüstet mit Langspiessen gegen alle Seiten – sozusagen als stachliger Igel – sich an diese Ritter heran zu machen und sie mit der Hellebarde aus ihren Steigbügeln zu heben, um sie dann, wie sie so dalagen wie die Käfer auf dem Rücken, abzumurksen.

Ja, und dann wurde in Marignano der moderne Krieg erfunden mit Schiessgerät, das einen zu Matsch macht, bevor man seine Hellebarde überhaupt zur Hand genommen hat. Dieses neue Schiessgerät, das den Schweizer Igel kaputtgehauen hat, heisst übrigens Artillerie. Aber das nur am Rand. Wichtig ist die damals erteilte Lektion. Auf solche Weise in Stücke gerissen zu werden, das ist nicht einmal vollbesoffen ein Spass, sondern von A bis Z ein Scheisserlebnis. Und das haben wir Schweizer schon damals, 1515, begriffen, während andere die Schützengräben des Ersten Weltkriegs brauchten, bis endlich auch sie kapierten, dass dem Tod fürs Vaterland die propagierte Süsse zu hundert Prozent abgeht. Ja, da waren wir Schweizer schlauer, Jahrhunderte vor allen anderen haben wir begriffen, dass Krieg Scheisse ist und man besser zuhause bleibt. Und darauf dürfen wir heute noch stolz sein. Das ist unsere ureigene eidgenössische Tradition der Kriegsdienstverweigerung.

Da gibt es übrigens ein sehr schönes Lied von einem tollen Typen, der heisst Boris Vian und hat die Sache perfekt auf den Punkt gebracht und das sogar, obwohl er kein Schweizer ist. Lasst uns das mal singen und dann schreiben wir als Klasse einen Brief an den Bundesrat und schlagen ihm den Song als neue Nationalhymne vor. (Die Klasse singt zum Abschluss der Lerneinheit das Kriegsverweigererlied von Boris Vian in der schweizerdeutschen Fassung von Franz Hohler.)



Gerhard Meister ist im Emmental aufgewachsen und hat in Bern Geschichte und Soziologie studiert. Er schreibt Theaterstücke und Hörspiele und geht mit seinen Spokenword-Texten auch selber auf die Bühne. Er macht mit bei Bern ist überall und ist mit der Kontrabassistin Anna Trauffer im Duo meistertrauffer unterwegs. Seine Geschichten sind unter dem Titel Viicher & Vegetarier auch als Buch erschienen.





Alberto Nessi

Il mestiere delle armi

Dico «Marignano» e mi viene in mente l’affresco di Ferdinand Hodler del Museo nazionale di Zurigo: quei giganti dall’aria rude e macellaia («bestiali, vittoriosi et insolenti», li definisce Niccolò Machiavelli, «villan brutti» Ludovico Ariosto), sgargianti di colori, fieri ma avviliti, stavolta, per la batosta subita; quei corpi muscolosi da «pastori di vacche» – come li chiamavano, sprezzanti, i Tedeschi – che, con movenze solenni, imbracciano picche e alabarde e portano i feriti sulle spalle; quegli stendardi sottratti al nemico: tutta quella teatrale sfilata è l’immagine idealizzata della violenza dei tempi. La guerra, ancora all’inizio del sedicesimo secolo, era una specie di tauromachia, uno sport «brutale ma nobile e anche quasi sacro», afferma Denis de Rougement. Brutale sicuramente, ma nobile e sacro non sono sicuro: è nobile rapinare, incendiare, saccheggiare? Sacro, difendere principi stranieri, re e papi? Ammazzare e farsi ammazzare per denaro («Point d’argent, point de Suisses»)? E addirittura, in certi casi, trovarsi a combattere fratelli contro fratelli, assoldati dalle due parti? A Marignano, dove si svolse la battaglia più atroce fra quelle combattute in Italia, gli Svizzeri, aizzati dal fanatico cardinal Schiner avvolto nel suo mantello di porpora in sella a una mula bianca, persero dodicimila uomini. Un macello. E persero il ruolo di potenza europea.

Le presero dai Francesi di Francesco l°, forti d’artiglieria e cavalleria, come, per restare in ambito sportivo, la nostra nazionale le ha prese quest’anno dalla Francia, ai  mondiali di calcio. Ma, forse, non tutto il male vien per nuocere perché, dopo la catastrofe, i nostri antenati la smisero con le velleità espansionistiche. Gli Svizzeri «armatissimi e liberissimi» (ancora Machiavelli) tirarono i remi in barca per dedicarsi alle beghe di casa; anche se non abbandonarono il mestiere delle armi, «liberissimi» di servire i liberticidi durante la Rivoluzione francese (furono  gli ultimi a difendere Luigi XVI dagli assalti del popolo, alle Tuileries, facendosi massacrare) e attivi come mercenari fino a metà Ottocento.

Le conseguenze di Marignano? I manuali di storia parlano del concetto di neutralità, nato da quella carneficina: ma noi oggi sappiamo che si tratta di un mito: basti pensare al traffico d’armi organizzato in Svizzera, sia da parte di mercanti internazionali o di società multinazionali d’origine straniera, che hanno il loro quartier generale a Zurigo o Ginevra, sia da parte di società autoctone (pensiamo a Bührle, uno dei fornitori d’armi più importanti durante la Grande Guerra). Conteneva dunque già una sua verità la formula, certo un po’ a effetto e altisonante, di Chateaubriand: «Neutri nelle grandi rivoluzioni degli Stati che li circondavano, gli Svizzeri si arricchirono sulle disgrazie altrui e fondarono una banca sulle calamità umane».



Alberto Nessi (1940) vive a Bruzella, nella valle più meridionale della Svizzera italiana. È stato insegnante. È poeta e narratore. Pubblicazioni più recenti: La prossima settimana, forse, ed. Casagrande, Bellinzona (apparso anche in traduzione francese, tedesca e portoghese); Ladro di minuzie, raccolta antologica di poesie, ed. Casagrande, Bellinzona.





Beat Sterchi

Ferdinand Hodler: Mein Rückzug

Natürlich habe ich an der Ausschreibung teilgenommen. Ich habe immer an allen Ausschreibungen teilgenommen. Il faut vivre! Aber an dieser Ausschreibung für den Waffensaal in Zürich musste ich teilnehmen! Als hätte ich keine Ahnung von Kampf und Tod! Meinen die hier in Genf sei alles nur voilà l'omelette sur l'assiette!

Die Ausschreibung machten sie am 1. August, schon im Dezember hatte ich meinen Wettbewerbsentwurf und Ende Januar gab es den ersten Preis. Dann ging es los, das Kesseltreiben.

Schweizer Landesmuseum

Wer behauptet denn, die andern hätten nicht auch gearbeitet? Aber ich habe mehr gearbeitet! Wie ein armes, von Menschen geplagtes Tier habe ich gearbeitet! Keiner der Herren von Zürich hat es gemerkt. Mein Marignano! Mein Rückzug! Nie und nimmer! Ob Zweihänder oder Hellebarde, das ist keine Sache. Aber die Typen. Der Menschenschlag. Die Leute, die ich gemalt habe, das sind die Leute, die sich noch heute so schlagen würden. Das sind Leute vom Pfluge. Keine Herren! Um für sie die richtigen Modelle zu finden, habe ich im Oberland ein Atelier eingerichtet, bin nach Uetendorf gefahren, mit der Dürerscheibe und allem und bis nach Sigriswyl hinauf bin ich gegangen. Jawohl. Und mehr als einisch. Der Kämpf, der Fuhrhalter wollte und wollte nicht anbeissen. Aber ich wollte das beste Modell und dann hatte ich ihn mon bonhomme! So einen wie den Fuhrhalter Kämpf aus Sigriswil hätte ich in Zürich jedenfalls keinen gefunden! Der steht jetzt dort rechts aussen, deckt den Rückzug wie nur einer einen Rückzug decken kann.

Und immer und immer wieder diese Änderungen! Die Kommission, der Bundesrat. Alle wollten immer wieder Änderungen. Überall habe ich gezeichnet und gemalt. Diese Berge von Zeichnungen. Im Zeughaus und in einer Scheune im Münzgraben in Bern. In Genf zu malen hatte wenigstens den Vorteil, dass ich Freunde als Modelle hatte. Der Rodo und der Trachsel, die wissen auch, was es heisst, auf das Dach zu bekommen. Künstler wissen, was es heisst, auf das Dach zu bekommen! Meinen Gring habe ich dann auch noch hineingemalt. Gerade nur als geschlagener Hund wollte ich nicht dastehen, weil die öffentliche Meinung, ja natürlich die öffentliche Meinung ist die öffentliche Meinung. Aufgestachelt hat man sie! Aber ich bin Künstler. Bin ich Künstler, um die Stimmen zu hören, die aus dem Rudel heraus Mordio schreien? Da gibt es noch andere Stimmen. Als Künstler weiss ich doch, auf welche Stimme ich höre. Sonst könnte ich ja gleich den Malkasten zusammenpacken und die Staffelei verbrennen! Und dieser Direktor! So einer hat immer Recht. Dabei hat er gar nicht hingeschaut, nichts hat er gesehen. Die Farbe würde mich reuen, von dem auch nur den Hosenboden zu malen. Aber das mit dem Rechthaben ist sowieso etwas anderes als das Rechtmachen. Auch wenn die das in Zürich anders sehen. Recht haben wollen ist das eine, aber es allen recht machen das andere! Faut le faire comme il faut!

Ich habe es Ihnen auch gesagt, diese Komposition passt in die Nische der Wand, wie ein Handschuh an eine Hand und 7 Meter über dem Boden! Dieser Sehwinkel! Dem muss man Rechnung tragen. Man hat nicht lange Mühe, die Szene zu verstehen.

Was mich das gekostet hat? Mehr als drei Jahre! Als würde man ewig leben.

Es ging halt wie mit der Nacht. Meine Nacht wollten sie auch nicht sehen, ich wollte ihnen die Nacht zeigen und habe sie so gemalt, dass man sieht, wie die Nacht ist, aber sie wollten sie nicht sehen, die Nacht, den Krieg wollten sie auch nicht sehen. So wie die redeten! Die wollten doch einfach wieder tapfere Ritter auf dem hohen Ross! Ich male aber keine Ritter! Keine Feldherren! Ich male die Krieger aus dem Volk. Ich kenne diese Krieger. Diese Krieger wollten sie aber nicht, schon gar nicht mit weggeschossenen Beinen. Meinen Fähndrich fanden sie dégoûtant. Sie wollen einen schönen Krieg, die Verwundeten wollten sie nicht sehen, schon gar nicht blutüberströmt. Das finden sie roh und abstossend. Sie wollen Schönheit. Aber Krieg ist Krieg und die Wahrheit kommt vor der Schönheit. Voilà. Die Schönheit, die sie meinen! Eine schöne Schönheit!



Beat Sterchi wurde 1949 in Bern geboren. Er ist Theaterautor und Spoken-Word-Performer bei Bern ist überall. Er schreibt auch Prosa, Gedichte und Reportagen.





Anne-Sophie Subilia

Les osselets

Il faisait noir. Une de ces nuits alpines, bourrées d’étoiles aussi palpables que le bronze des canons. Il avait froid, il n’en pipait pas mot. Il songeait un peu à sa femme, noiraude, petite, boulotte et chaude, au lopin qu’il comptait se payer avec la solde promise. De temps à autre lui venait une pensée pour sa mère. Mutti… Alors, ayant tiré cette ficelle-là, toute sa jeune vie lui revenait dans les yeux d’un coup. Sous le casque. Les étoiles agrandies. Il tentait de dormir un peu, malgré les ronflements. Au réveil, il maudissait l’apparition d’engelures qui allaient le ralentir. Il découvrait au détour d’une paroi son reflet maigrichon, écrasé dans la peur. À demi-mot, avec les autres embusqués, il arrivait qu’ils jouent à ce qui serait fait de leurs os après les combats : une flèche, disait l’un. Une flûte, disait l’autre.
Il aurait donné cher pour avoir plutôt le courage d’être un mutin de Marignan.

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Il n’avait pas froid, jamais. Rompu au drill. Sa vie durant. Il rongeait donc cette nuit comme un tibia, avide d’atteindre l’aube rapidement. Prêt à piquer, tuer, rompre des vies. Au nom d’un droit. L’esprit cinglé. De ses lèvres débordaient des chants et quelques rots. Il palpait sa bourse, il se frottait les couilles. D’impatience. Il se dressait dru dans la noirceur. Il venait d’écarter les Alpes. Il continuerait de jeter sa faconde à la face de toute son infanterie : quand viendrait le pont, le prochain cul-de-sac et surtout, quand viendrait la masse de viande à abattre. De loin, ils formaient cette faction de titans. Gauche, droite, gauche, droite, la cadence des géants,
et lui : les poumons déjà en Italie.

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Il connaissait le sort des autres. Il agissait dès l’aube. Reniflant la bidasse. Il aiguisait ses yeux. Bandé, en transe. Les autres : il les saignait à blanc, les vidait. Des truites. Ensuite, il récurait dans l’ordre : couteaux, couperets, lames, broches. Au soir, il gravait des symboles dans le cuir, faisait des urnes avec les crânes.
Depuis peu, il connaissait son sort aussi. Pour cela il se rasa la tête à fond. Et cette tête, un matin, il la mit dans la bouche du tout premier canon.

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Il était glorieux, cuirassé, forcené.
Il avait froid, soif, envie de pisser.
Il avait les tripes dévastées.
Il était moribond.
Il était la nuit, la proie, le soleil.
Il était l’effroi. Il était la pierre.
Il avait l’œil d’un aigle, les forces décuplées.
Il était sueur, richesse et victoire.
Il était souffle et soulagement.
Il vomissait. Il baignait dans son sang.
Il était râle, il était rien.
Il criait. Il priait.
Il allait, n’allait pas revenir de là.

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Comment parler d’eux
maintenant

parler d’eux,
fantômes

maintenant
sous l’herbe

comment
poussière
parler,

crânes piqués

comment,
fièvre, jeu,
drapeaux

et dessous,
ces milliers d’osselets

 

3 juillet 2014



D’origine belgo-suisse, Anne-Sophie Subilia est née à Lausanne en 1982. Elle a suivi des études de lettres à l’Université de Genève. Titulaire d’un diplôme d’enseignante de français langue étrangère, elle a vécu quelques années à Montréal. En 2010, elle devient membre de La Traversée – Atelier québécois de géopoétique, où elle approfondit son goût pour le nomadisme et l’écriture du lieu. En Suisse, elle collabore à plusieurs projets d’écriture-performance collective au sein de l’AJAR, Association des jeunes auteurs romands, anime des ateliers d’écriture et travaille dans le milieu associatif-éducatif. Son premier roman, Jours d’agrumes, a été publié en 2013 aux éditions de l’Aire.





Sylvain Thévoz

A Marignan comme au Brésil

La Suisse est invincible

499 années après Marignan : hourra on va prendre notre revanche sur le monde. Les bières le coca cola sont au frais. C’est cool. Les chips sont sur la table, les crackers déposés sur un coin de table, le drapeau ajusté au balcon, bien accroché autour des bégonias. Vive la coupe du monde. L'appartement est nettoyé pour les copains, tout est propret, tout bien, les voisins sont avertis. Ce soir, les têtes vont tomber. Guillotine pour le perdant. Marque ou crève désormais. La Suisse est au pied du mur, tout le monde est descendu dans les ravins. Au pied du canapé, on se serre les coudes. Hallebardes descendues des galetas, les drapeaux au garde à vous sur les hampes. Hop Suisse !

Le sport, c’est la poursuite de la guerre par d’autres moyens. Même en petits morceaux, il faudra passer le piège. Les oiseaux volent haut dans le ciel. Les mercenaires de Milan, de Turin, d’Angleterre sont bien préparés. François premier a bien disposé sa défense. Il a repositionné l’attaque. L’artillerie française commandée par le sénéchal d’Armagnac est au top, ils ont revu leurs schémas au tableau noir. Les suisses sont invincibles, c’est leur réputation. Hop Suisse !

On va passer l'épaule, on mettra le pied devant, l'orteil dans le frigo, le gigot sur la broche, l'arcade sourcilière s'il le faut. Tant pis pour le vase du salon, la paix du couple. Les hommes se jettent à genoux pour prier le Seigneur suivant l'usage de leurs pères. Ils se mettent en marche, font encore des signes de croix au moment d’entrer sur le champ ; arrachent un peu d’herbe aux mottes du terrain. On retient son souffle. La tension est palpable. Le coupe-coupe du résultat est lié au chip-chip des sifflets de l'arbitre. Hop Suisse !

Il gagne c’est notre héros, il perd c’est un yougo

Maintenant, on dit on tout le temps, on dit on quand on achète les saucisses Shaqiri à la Coop, les barres de céréales Drmic à Denner; on dit on quand on boit le coca cola Behrami, on se gratte le slip en même temps que l'équipe forme le mur : mimétisme. On dit on, on sourit un peu, on va gagner : champion du monde c'est bien possible. Hop Suisse ! Deux fois Drmic s’est vu refuser la nationalité Suisse. Quand il gagne c’est notre héros, s’il perd c’est un yougo. Ottmar Hitzfeld hissé sur un char fleuri dans les rues de Berne, imagine le spectacle, le champagne coule sur les pavés. On a quand même battu l'Islande, Chypre et l'Albanie... même le Honduras y est passé. On est les favoris, des invincibles. Hop Suisse. Reprends un peu de bière, opium pour le peuple. On carbure à l'hélium, on a les poumons bien gonflés. Soyons euphoriques, de bons nationalistes. Le drapeau c'est si bon. Marignan 1515, Brésil 2015, c’est la même préparation : marque ou crève. On va laver le vieux sang avec de la sueur, la défaite des mercenaires avec la victoire des sportifs millionnaires. Adidas et Puma équipent maintenant les culs à la place du cuir.

Foot : cannibalisme guerrier

Il faut dévorer l'adversaire, l'avaler tout cru, mais pas le mordre c'est interdit ; être agressif, avoir faim de ballons, dévorer les espaces, bouffer le gazon comme disent les "spécialistes". Libre champ aux pulsions sadiques, aux métaphores guerrières. Le foot c'est la baston: il faut relever le défi physique. Vive le culturisme et les canons. Perdre c'est mourir, gagner c'est survivre jusqu'au prochain combat. La faim justifie les milieux de terrain. Ne soyons pas trop gentils, gagnons. Malheur aux vaincus. L’aile gauche de l’armée commandée par le duc d'Alençon fléchit face au gros de l'ennemi. Les suisses poussent comme des brutes. L’arbitre va siffler la mi-temps. Les Vénitiens, arrivent sur l’aile avec 3000 cavaliers à la tête des fantassins et de cavaliers légers, originaires de Grèce ou d'Albanie, voire de Croatie et de Bosnie. Ils défoncent les suisses. Et un et deux et trois zéros ! Les anglais, les portugais, les italiens sont déjà éliminés du terrain avant même d'avoir combattu. Leurs supporters ont droit à un second choix. Il faut imaginer Sisyphe jonglant avec un ballon, Guillaume Tell tirant un pénalty devant une foule d'ébahis, et Marignan comme un camp d’entraînement avant le mondial.

Fuck France

C'est parti pour les hymnes : sur nos monts quand le soleil annonce : demain on sera champion du monde. On se regarde le nombril on twitte on se régale, ce n'est pas tous les jours que l'on redouble le 1e août. On peut dire du mal des français les salauds nous ont battu à Marignan à plate-couture. On peut les haïr les mépriser ce sont les pires chauvins nationalistes. On peut dire : je supporte la Suisse et n'importe quelle équipe qui battra la France et se rapprocher du camp de ceux qui disent: je supporte toute équipe qui battra l'Algérie surtout si c'est l'Allemagne. On peut laisser libre cours à son racisme, fleurir son Œdipe, son complexe d'infériorité, sa mesquinerie. Le foot autorise et atomise tout. Il n'y a pas que le foot dans la vie, non, il y a le machisme helvétique aussi. Fuck France, ça permet de ressouder les liens.

Hop Suisse !

Marignan 1515, Brésil 2014 : même combat. On peut mordre une épaule, donner un coup de boule, se rouler par terre pour rien, peut prendre le ballon de la main, arracher le tibia de son adversaire, refaire le match mille fois entre le bureau et la chambre à coucher, tomber, tomber encore, faire semblant de tenir debout, traiter les autres de fils de P**** être d'une formidable mauvaise foi, crier sur la mamy qui passe devant l'écran, klaxonner comme des brutes rouler comme des mules, hoqueter seul dans son coin. Il faut hisser haut le drapeau, montrer son enthousiasme. Les mercenaires de Milan, de la Juventus de Turin feront bien leur boulot cette fois. Un jour bientôt, on sera champions du monde. Hop Suisse !

Héros ou zéro, ça ne tient à rien. Vae victis, malheur aux vaincus. A la guerre comme à la guerre. Demande à Maradona ce qu'il pense de Verdun, il te dira tout le bien qu’il pense de Suarez. Les mercenaires doivent tout donner, mourir sur le terrain s'il le faut. On peut rêver encore et montrer qu'au klaxon les suisses sont aussi adroits ; à la vénération du maillot on est au niveau des meilleurs. Pour l'instant, ne plus parler soleil amour poésie. Tant que roulera le ballon, on continuera d'exister. Quand il s'arrêtera il y aura peut-être le tour de France pour se consoler. Enfin, non, pas le tour de France, il y a trop de drogués, c'est un milieu qui n'est pas très sain. Plutôt un conflit en Syrie en Ukraine, la poursuite de la colonisation en Israël, c’est si bon d’y vendre nos armes made in Switzerland. Hop Suisse ! On est si bien chez soi.

Demain on sera champions du monde. La petite Suisse deviendra grande, énorme. Elle fera sauter la banque. La Suisse est invincible, à Marignan comme au Brésil. Si ce n'est pas le cas, on votera UDC, faut qu’on retrouve un jour notre grandeur nationale, et une vraie haine de nos voisins pour faire copain-copain avec l’Iran. On est encore un peu trop gentils.



Sylvain Thévoz est né à Toronto en 1974. Il a étudié à Montréal et Bruxelles, est anthropologue et vit à Genève. Il y travaille dans l’action communautaire. Son premier recueil de poésie, Virer large course court, a été publié aux éditions du Miel de l’Ours en février 2008. La revue des Belles Lettres (RBL) a publié en janvier 2009 six poèmes ainsi qu’à l’automne 2010 : Deleuze RIP. Il poursuit une collaboration intense avec le poète Patrice Duret dont sont issus  Courroies arrobase frontières (2009), Les sanglots du sanglier (2012), Poète sacré boulot (2013) et le court métrage Poésie pour les bêtes, réalisé au zoo de Servion par Jacques Zürcher (Studio Panoramix). Il publie en 2014 De mort vive aux éditions des sables. Le pamphlet Suisse, Phallus, Démocratie molle est publié à l’automne 2014 aux éditions Hélice Hélas.

www.viceversalitterature.ch/author/2940





Thomas Zaugg

Célébrez Marignan, libérez Hodler!

On peut fêter Marignan. Même le vénérer comme un lieu poétique. Depuis des siècles, l’imagination des politiciens et des greffiers de l’histoire s’enflamme à l’endroit de la banlieue milanaise. Il y a toutefois assez de raisons s’opposant à la célébration de la défaite.

Marignan, c’est d’abord l’histoire d’une bataille entre la France et la Confédération servant Milan, une «battaglia dei giganti», comme l’a dit le commandant adverse Gian Giacomo Trivulzio. Craints pour leur force offensive, les fantassins confédérés se sont jetés dans les événements guerriers avec violence, quand bien même les Français étaient, militairement parlant, plus avancés. Les 13 et 14 septembre 1515, avec leurs canons, leurs haies et leurs tranchées, les soldats du roi François Ier mirent en pièces les Confédérés.

A l’étranger, la célébration suisse du carnage en 2015 fera le même effet, original, que lorsque le Conseil fédéral avait jugé bon, en 1989, de marquer le début de la guerre de 1939. Même la gauche politique s’intéresse, aujourd’hui, à Marignan, puisque, en fin de compte, le sang versé en 1515 est censé avoir fondé quelque chose comme la neutralité du pays. La retraite, une leçon d’histoire?

A peine, puisque la bataille n’a eu aucun effet pédagogique. Une année plus tard, quelque  25'000 mercenaires suisses se faisaient engager par les Français et les Habsbourg. Très peu de contemporains – pas même Zwingli qui, prêchant à l’époque sur le terrain, avait motivé les soldats destinés à la mort à Marignan, étaient devenus pacifistes. Peut-être au moins «neutralistes»?

Mais on ne peut pas nommer «neutralité», telle qu’on la connaît aujourd’hui, la pensée ayant succédé à 1515. Au Moyen-Age, les puissants menaient des «guerres justes» dans lesquelles ils distinguaient le bien du mal. Il n’y avait pas de partie neutre. Parfois, un puissant accordait bilatéralement à tel ou tel canton le droit de «rester immobile», comme le vieil allemand le formulait. Il fallut attendre les guerres de la Réforme et la division intérieure suisse pour la Confédération, disons-le comme ça, se retire.

Nous ne devrions donc pas trop nous projeter dan les hallebardiers de ces années décisives. Les Confédérés ont perdu Milan car beaucoup d’entre eux étaient trop pauvres pour acquérir les nouvelles armes à feu et tous étaient trop fiers pour les utiliser. Ceux qui tuaient un ennemi avec les coups «malhonnêtes» était raillés. «Les tirs sont tombés comme la grêle – et nous courions dedans», déclame une chanson moqueuse de Niklaus Manuel. Le réformateur bernois parlait ainsi de la bataille de la Bicoque, une autre défaite, sept années après Marignan. Les adversaires avaient à nouveau cachés les uns des autres, «comme le blaireau et la marmotte», tuant à bonne distance grâce à leurs armes à feu. Sous la plume de Niklaus Manuel, les Confédérés provoquent avec une question incrédule: «Pourquoi n’êtes-vous pas venus tout près pour vous battre?»

Certes, le Vatican a aussi commencé, à cette époque, à s’équiper d’une «Garde suisse» en provenance des paysages alpins rocailleux, et Machiavel, dans une lettre à l’homme d’Etat florentin Francesco Vettori datant de 1513, décrivait les Suisses comme «bestiaux, vainqueurs et très courageux». Mais l’artillerie étrangère a nettement contribué à la victoire de 1515. Pour qui peuvent-ils donc servir de modèles, ces compagnons de souffrances technologiquement sous-équipés? Pour la droite nationalo-conservatrice? Pour l’armée suisse? Pour la place économique et les fabricants d’armes suisses qui doivent lutter contre la concurrence internationale?

Malgré cela, en 2015, Marignan sera célébré en grande pompe. Le Conseil fédéral a déjà répondu aux postulats des parlementaires réclament une commémoration de Marignan et de Morgarten (1315). Il veut laisser la planification des événements à l’esprit fédéraliste, qui est, comme tout le monde le sait, illimité chez nous. Les conditions d’une commémoration hystérique sont en tout cas déjà réunies chez les historiens. Il y a d’une part la version prudente de l’histoire de la neutralité par Edgar Bonjour, qui date des années 1960: des décennies après Marignan, les Confédérés auraient encore livré «des preuves suffisantes de force de vie exubérante», ce n’était pas «comme si la force avait été brisée et comme si elle était immédiatement retournée à sa retenue en politique étrangère». D’un autre côté, les nouveaux historiens se surmènent pour rajeunir la neutralité, la faisant débuter au 17e siècle (Thomas Maissen) ou même seulement au Congrès de Vienne 1815 (Andreas Suter), soit 300 ans après Marignan, date à laquelle elle aurait été généreusement octroyée par les monarchies qui se sont ainsi créé une zone tampon. Il est peu vraisemblable que les congrès prévus en 2015 parviennent à réunir les différentes positions des chercheurs. Dans le grand public, la vision déformée de l’historien suisse qui voit toujours seulement le mauvais côté de la médaille commémorative sera encore un peu plus bétonnée.

La transfiguration du discours a commencé en 1965, à l’époque du 450e anniversaire de Marignan. «Il n’était pas juste de gagner du terrain et de perdre de l’essence», a ainsi écrit l’historien Georg Thürer dans son ouvrage paru à l’occasion des festivités, comme si, en 1515, il y avait déjà une «essence» suisse qui aurait enthousiasmé les esprits des soldats. La décision de renoncer à une politique de grandeur extérieure correspondait à cette «essence intérieure» bien que la retraite ait d’abord représenté une déception pour notre «communauté de peuple». L’éditeur de l’ouvrage de Georg Thürer, intitulé  «Le tournant de Marignan» n’était autre que Werner Oswald, patron de l’entreprise Emser Werke. Le jeune Christoph Blocher était alors le secrétaire de son «comité pour la commémoration de la bataille de Marignan et de ses conséquences». Aujourd’hui encore, Christoph Blocher parle avec chaleur de ce comité et de l’ouvrage de Georg Thürer. Il a utilisé l’exemple de Marignan parmi les parlementaires lors de la campagne de votation sur l’EEE en 1992, pour rappeler la valeur de la neutralité. Une neutralité que les défenseurs de la patrie comme Oswald, Thürer et Blocher considéraient comme menacées en 1965: la haute conjoncture économique apportait une américanisation toujours plus grande de la culture et une perte de traditions. De plus, les premières critiques sur le rôle de la Suisse pendant la deuxième guerre mondiale faisaient leur apparition et le Conseil fédéral était tenté par une adhésion à la Communauté économique européenne.

Le pèlerinage de l’élite patriotique vers Marignan a compté des rangs fournis, avec, en tête, l’ancien conseiller fédéral Philipp Etter et son propre comité «Pro Marignan». Il y avait aussi des militaires, des intellectuels, des entrepreneurs et, au milieu, le jeune Blocher. A Mezzano, les patriotes ont fait bâtir l’ossuaire Santa Maria della Neve et, à Zivido, un monument de l’artiste Josef Bisa montrant un vieux Confédéré en train de mourir, protégé par un compagnon plus jeune. L’inscription «ex clade salus» orne la scène, «après la défaite, le salut». 

Manifestement, juste avant 1968, les vieux défenseurs des valeurs traditionnelles sentaient qu’ils allaient devoir endurer de nombreuses autres défaites. Mais leurs esprits relativement posés comprirent aussi assez vite que Marignan n’était qu’un mythe. Une nouvelle œuvre clé, commandée par le comité de Werner Oswald, parut en 1974. Plus vaste que les travaux de Thürer, la recherche d’Emil Usteri estimait que placer le début de la neutralité suisse en 1515 n’était que «très partiellement juste». «Ce qui est le plus souvent enseigné à l’école, à savoir qu’après Marignan, sous la pression de la défaite, les Confédérés avaient cessé de se mêler des affaires étrangères», est erroné, expliquait Emil Usteri. «Nous devrions adresser notre reconnaissance éternelle aux Suisses reposant là-bas sur le champ de bataille», écrit l’historien dans sa conclusion, moins au nom de la neutralité («l’œuvre des générations ultérieures»), que pour «avoir enduré le champ de bataille». C’est grâce au fait qu’ils sont restés imperturbables que le Tessin a pu devenir une région appréciée sur le plan international et devenir «le balcon sud de notre patrie, éveillant un attachement sentimental très fort chez nous, Suisses alémaniques». 

Devrions-nous remercier les près de 10'000 Suisses tués dans la bataille pour nos vacances d’été?

Pourquoi ne pas mieux restaurer la retraite des Confédérés telle que Ferdinand Hodler l’a mise en scène dans les fresques de la salle des armes au Musée national suisse à Zurich, comme une provocation avant-gardiste? Des générations entières d’écoliers y sont emmenés pour y recevoir une leçon sur le tournant de la neutralité. Dès les années 1930 et avec l’esprit de défense nationale, alors que les fresques sur Marignan sont sur le point d’être imprimées sur des timbres et qu’elles décoreront bientôt la salle de séance du Conseil fédéral dans son bunker, Hodler est transformé en jodleur. A l’origine le peintre voulait pourtant montrer «le peuple suisse têtu et fort», des gens «de la charrue», une sorte d’esprit «sauvage» descendu vers la plaine italienne, comme le pensait Albert Anker. Pour Heinrich Angst, le directeur du musée en 1900, les fresques d’Hodler étaient trop modernes, trop colorées, trop sanguines, à côté de toutes les hallebardes et de tous les canons, des fanions et des casques à plumes. heute Pourquoi ne pas restaurer la salle des armes dans sa vieille stérilité? Pourquoi ne pas libérer les fresques d’Hodler de l’ombre de pédagogie muséale actuelle? Elles pourraient être vécues sans excès patriotique, comme les anciennes bandes dessinées. Elles ne nous ennuieraient pas comme une peinture nationale, mais nous intéresseraient par leur principale caractéristique: le trait sauvage de l’avant-garde!



Né en 1985, Thomas Zaugg a étudié la philosophie, l’histoire et l’histoire de l’art à l’Université de Zurich. Il est collaborateur rédactionnel du «Magazin» du «Tages-Anzeiger» et auteur de l’ouvrage «Blochers Schweiz».




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