2016: «Nach Europa»

Eine Aktion von «Kunst+Politik»

Texte

Index Autorinnen/Autoren    Alle Texte als RTF-Archiv herunterladen

 [Zufälliger Text aus der Sammlung]      Alle Texte



Max Lobe

La lapidation électronique

Mia avait sorti sa plus belle robe de lin blanc pour cet événement. Elle allait faire sa première échographie. Elle se sentait si légère en parcourant les rues de Lyon pour se rendre chez la Gynéco européenne certifiée (GEC) de la région de Rhône-Alpes.

Dans la salle de consultation, la GEC, une dame blonde et fine, l’avait reçue avec beaucoup d’égards. Avant tout, elle avait tenu à lui présenter le Programme européen d’encouragement à la maternité (PEEM) récemment voté à l’unanimité par les leaders du continent. Cela s’était  fait sous l’impulsion de la France et de ses alliés, l’Allemagne et l’Angleterre.

Le PEEM avait pour but de repeupler le continent, vieillissant et envahi par l’ennemi. Le leader français avait appelé de tous ses vœux à la participation citoyenne des Européennes au repeuplement du continent par de vrais Européens de souche, de petits Blancs aux traditions purement judéo-chrétiennes. Il avait dit, le visage déformé à la fois par la colère et l’espoir, que c’était la seule manière d’éviter les plans de Grand Remplacement de l’ennemi. Qui était donc l’ennemi ? Personne ne le savait vraiment. On savait par contre que que l’Autre, non Blanc, non Judéo-chrétien, pouvait être un ennemi en puissance.

La GEC, bienveillante, avait prié Mia de s’allonger sur le lit de consultation : une sorte de verre de très fine épaisseur de marque Lemon. Puis elle avait passé la main au-dessus d’une petite machine. En une fraction de seconde, un fil de lumière vert vif avait parcouru les bords du lit et repéré la puce électronique logée dans le dos de Mia. Toutes ses données sanitaires apparurent sur un écran holographique. La GEC les consulta en un rien de temps, souriante. Elle ne cessait de dire à Mia : je vous félicite pour votre participation citoyenne. Puis, d’un autre mouvement, elle commanda une échographie. Sur le même écran, apparut alors le fœtus. Quelle émotion pour la future mère !

Sur l’écran holographique, à droite de l’image du fœtus, toutes les données du futur bébé : sexe, poids, taille, largeur du crâne, couleur des yeux, des cheveux, et surtout couleur de la peau.

Là, la GEC fronça les sourcils. Elle commanda à la machine une nouvelle analyse du fœtus. Il y avait manifestement quelque chose d’anormal : cet enfant ne respectait pas les nouvelles normes européennes sur les fœtus, prônées par le PEEM. L’enfant ne sera pas tout à fait blanc.

Mia devait se libérer de cette honte. Pas d’autre solution. La GEC le lui proposa gentiment. C’était une femme compréhensive. Elle n’avait pas l’intention de la dénoncer. Il était question de lapidation électronique dans ces cas-là. C’était un crime. C’était une contribution au Grand remplacement tant combattu par les nouveaux leaders européens.

La GEC lui avait dit : Je te comprends. C’est sans doute un viol. Mais nos leaders feront tout pour éliminer ses rats. Elle lui avait caressé la joue avec une douceur maternelle. Elle lui avait donné un rendez-vous pour une brève séance d’avortement. Il suffisait d’ingurgiter une petite capsule récemment créée par les laboratoires helvétiques et cinq minutes plus tard, on sauvait l’honneur de l’Europe.

Mia ne s’était pas rendue au rendez-vous.

Son enfant était le fruit d’un amour impossible en cette fin des années 2080. Mais où aller ? Où se rendre dans cette Europe sans se voir dénoncée par une GEC et condamnée pour viruscisation du peuple débuggué ? De toutes les façons, la petite puce électronique qu’elle portait dans son dos permettrait de la géolocaliser. Mais Mia avait sa petite idée : L’Helvétie. L’Europe saura qu’elle a trouvé refuge en Helvétie mais jamais ne pourra lui mettre la main dessus. Car le royaume d’Helvétie, en plein cœur du continent, avait toujours eu la particularité d’entretenir des rapports étranges avec celui-ci. Il privilégiait davantage les échanges économico-financiers tout en s’accrochant becs et ongles à sa souveraineté par le biais des référendums.

Lorsque Mia arriva en Helvétie, elle fut accueillie amicalement par ces braves gens que l’Europe connaissait si peu, finalement. Au-delà de l’accueil chaleureux, elle trouva un débat houleux sur un référendum dit Pour l’extradition des criminels européens. Le débat était de toutes les passions, certes, mais tous les sondages donnaient l’initiative perdante. Les Helvètes avaient toujours été des gens très accueillants : pourquoi auraient-ils mis fin à leur légendaire tradition humanitaire ? De quoi rassurer Mia et son bébé.

Pourtant, au sortir des urnes, ce dimanche du 9 février 2089, la votation avait passé avec 50,7%. Les accords d’extradition des criminels européens entraient donc en vigueur avec effet immédiat.



Max Lobe, né à Douala en 1986. Il grandit dans une famille de 7 enfants. Il arrive en Suisse à l’âge de 18 ans, deux ans après l’obtention de son Bac. À Lugano, il suit des études de Communication et journalisme. Passionné d’histoire et de politique, il suit un Master en Politique et Administration publique à l’IDHEAP de Lausanne. Il est établi aujourd’hui à Genève.



Index Autorinnen/Autoren    Alle Texte als RTF-Archiv herunterladen

© 2013-2017   www.marignano.ch     Seitenanfang